Alors il parait que ma nouvelle est tellement longue je ne pouvais pas la donner en un morceau. Ne pouvant vous faire plus attendre en voici la suite...Cette nuit là, tu avais décidé pour une raison que j’ignorais d’aller au restaurant. Tu devais m’annoncer une nouvelle. C’est ce que tu m’avais dit quand je rentrai ce soir là du bureau. Je mis ma plus belle parure vestimentaire et nous partîmes. Je ne savais pas encore que dans quelques heures ce serait fini entre nous. Tu avais l’air si heureux pourtant. Sans une explication de plus de ta part, nous montâmes en voiture. Durant tout le trajet, tu ne soufflas mot. Ton regard se fixait sur l’asphalte comme un acteur se concentrant avant de jouer le rôle de sa vie. Tu semblais te répéter le texte que tu m’avais préparé pour vérifier si l’ordre des mots était le plus parfait. Tu garas la voiture à une rue du restaurant. Comme à l’accoutumer ton créneau était impeccable et réussi du premier coup. Tu descendis, fis le tour de la voiture par l’arrière. Dans le rétroviseur, je te voyais t’encourager en serrant les poings dans un geste de vainqueur. Tu t’arrêtas devant la porte du passager pour me faire descendre, tel une star de cinéma qui descend de sa limousine à Cannes. Tu m’avais pris la main pour me faire descendre. Je te regardais tu étais si beau ce soir là. Je revois encore tes yeux couleur bois soulignés par cette teinte de vert. Ils avaient le don de m’hypnotiser. Pourtant, ce soir là il y avait quelque chose en plus. Ton regard était étrange et brillait d’une étincelle inquiétante car je ne l’avais jamais vue auparavant. Tu me tenais tout contre toi. Tu aurais pu m’embrasser… mais tu ne le fis pas. Cela me surprit de ta part. Je te vis alors partir vers le restaurant. Interloquée et immobile je restais devant la voiture attendant un geste tendre de ta part. Voyant que je ne te suivais pas, tu revins sur tes pas. Je constatais enfin que tu sollicitais un peu d’intérêt à ma personne. Mais je me trompais bien. Arrivé à ma hauteur, tu te penchas sur moi. Fébrile et le cœur palpitant j’attendais les yeux mi-clos un de tes baisers. Que ne fut pas ma surprise d’entendre, après avoir senti le frôlement de ta main sur ma hanche, le claquement de la portière de la voiture. Puis, tu reculas pour admirer mon air désappointé qui semblait beaucoup t’amuser. Par moment tu pouvais être un véritable monstre. Après cet instant ma vie ne fut plus du tout la même.
Cette nuit là, comment pouvait-il s’appelait ? Je n’ai jamais su la réponse. Peut-être Ted… Jo… Jed… ou un de ces prénoms américains qui font d’un pauvre type un caïd. Il avait l’air d’un rebelle passe-partout. On était encore à proximité de la voiture lorsque nous l’eûmes croisé. Son attitude attira ton regard. L’air de rien, il devait nous observer depuis un moment.
Cette nuit là, ce jeune de 17-18 ans en tee-shirt, treillis et basket bouleversa nos vies. Dans la brève image qu’il me reste de lui il était grand, maigre, le regard égaré dans un autre monde. Il devait certainement être en manque car il tremblait et suait tout autant. Il tremblait encore plus lorsqu’il sortit son arme à feu.
Cette nuit là, il agitait son arme devant nous en réclamant de quoi le calmer. Le tremblement du petit était tel que le canon qui luisait sous la lumière du réverbère, laissait une légère traînée. Il me visait avec tant de nervosité que le coup parti tout seul.
Cette nuit là, un coup de feu retentit dans toute la rue. Le bruit de la détonation m’assourdit sur le moment. Pétrifié de terreur, je n’eus que le réflexe de crier pour me défendre. Le temps sembla alors s’étendre à l’infini. Le gamin effrayé s’enfuit en courant. Chacun de ses pas se décomposaient comme s’il courait au ralenti. Je le regardais s’éloigner. Pétrifiée, je ne pouvais rien faire d’autre que de crier. Je restituais chaque son avec une extrême difficulté. Et toi. Toi que je chérissais de tout mon corps, de tout mon cœur, tu t’effondrais en douceur sans que je ne puisse rien faire. Touché à l’abdomen, tu te vidais par grand flot de sang.
Cette nuit là, ton sang imprégna mes habits jusqu’à en remplacé la fibre même. Je te serrais tout contre moi pour empêcher ta vie de s’échapper de ton enveloppe corporelle. Je te demandai alors pourquoi. Pourquoi avais-tu fait ça ? Bien que souffreteux et fiévreux, ta réponse fut claire. Tu souris et me dis que c’était pour le bébé. Je ne voulus pas te montrer mon désespoir, alors, tout en tentant de retenir mes larmes au maximum, je souris pour t’apaiser. Tes yeux perdirent peu à peu de leur étincelle de vie. Je te sentais glisser vers un monde dont l’accès m’était interdit. J’avais beau te serrer, t’étreindre, rien ne pouvais plus te retenir au près de moi.
Cette nuit là, le silence revenait enfin. Pourtant, dans ce calme morbide retentit un vacarme d’espoir, mon dernier espoir. L’ambulance alertée par le voisinage arrivait. Tout à coup, tout s’accélérait. Sans que je ne compris comment on t’arracha de mes bras. Je les voyais s’agiter auprès de toi comme des fourmis autour d’une tartine de confiture. La police ne tarda pas à faire son apparition. Je ne supportais plus ce tumulte. Je voulais que tout revienne en arrière. J’essayais de m’isoler au maximum de la réalité qui m’entourait. Soudainement le temps se scindait en deux vitesses. Ainsi, tout ceux qui gravité autour de toi était pratiquement imperceptible à l’œil humain tant leur vitesse d’action était grande. Moi je restais dans un ralenti passif comme absente de cette scène dont je refusais l’existence. Il y avait bien des flics qui tentaient de me ramenaient au monde concret mais je ne voulais pas revenir. Je restais sourde à toutes leurs questions. Dans mon autisme, j’entendais encore tes derniers mots dont je cherchais encore le sens. En un instant, étourdi par tout ce désordre, je me sentis partir vers un autre univers. Dans l’obscurité où je me trouvais à présent, je t’entendis m’encourager à me réveiller. Tu me disais que je n’avais pas le droit de me laisser aller, qu’il fallait que je vive pour toi, que je n’avais pas à commettre l’irréparable pour te prouver mon amour puisque tu l’avais déjà plus que ressenti durant nos trois années de vie commune. Alors, tu m’embrassas. Un souffle de vie me traversa de part en part. Je me réveillais dans l’ambulance avec un masque à oxygène sur le visage. A côté de moi se trouvais un ambulancier et un psy. J’arrachai vivement le masque et m’assis sur le brancard pour réaliser où j’étais. Je ne sais plus lequel des deux m’annonça qu’une hémorragie interne avait eu raison de toi. Je ne voulais pas le croire. Le psy essaya de me faire parler, recracher ma souffrance sans le moindre succès. Je restais inerte jusqu’à ce que l’ambulancier me tende une petite boite. Il me dit qu’il pensait qu’elle devait me revenir puisqu’elle se trouvait dans la poche intérieure de ta veste. Je la pris entre mes mains, la serrai et l’ouvris. A la vue de son contenu, mes larmes, que je retenais de toutes mes forces, dépassèrent la barrière de mes yeux pour rouler à grand flot sur mes joues. Je craquai. Le psy eu enfin ce pourquoi il était venu.
Cette nuit là, tu avais décidais de m’épouser pour assumer ton rôle de père. Je le compris en ouvrant ce petit boîtier. Il contenait une bague sertie de trois petites pierres. Elle était fine et discrète. Elle aurait du certainement te servir pour me faire ta demande. Comme tu connaissais par cœur toute mon aversion à tout ce qui touche de près ou de loin le mariage, j’imagine combien tu pouvais être nerveux. Si tu avais eu le temps de la faire, je pense que je n’aurais pas eu le cœur de te refuser ma main. Ta maladresse naturelle m’aurait touchée. Je te vois bafouillant, écorchant chacune de tes phrases si longuement préparées, renversant par étourderie tous les objets qui t’empêchaient d’atteindre mes mains.
Cette nuit là, par la faute d’un junky, je perdais ma seule raison de vivre. Chienne de vie ! Tu t’étais sacrifié pour mon bébé. Quelle stupidité ! Tu mourus pour une chose qui n’a pour importance que le fait que tu sois là pour la partager avec moi. Comment avais-tu su pour mon bébé ? Tu devais sans doute avoir surpris une de mes dernières conversations téléphoniques que j’eues avec Cat. J’y parlais de mon bébé et de la joie que j’aurais à le voir naître et grandir. Je me souviens maintenant lui avoir parlé aussi de la fierté que tu aurais à mon égard en apprenant la bonne nouvelle J’imagine qu’à l’écoute de cette rumeur ton sang n’avait fait qu’un tour. J’imagine tout ce qui avait pu te passer par la tête.
Cette nuit là, je te revois caressant mon ventre avec ton sourire de père heureux. Comment aurais-je pu te le dire ? Comment te l’avouer ? Comment te confesser que cet enfant, que tu chérissais déjà au point de sacrifier ta propre vie, n’était qu’un bébé de papier ? Oui ! Tu as donné ta vie pour un simple dossier, le projet de toute une carrière.
* *
*
Depuis cette nuit là, le cauchemar commença. Il fallut faire les démarches administratives, remplir des tonnes de papiers, vider tes placards, voir ta famille, consoler tes parents. Il y eut l’enterrement… Heureusement pour moi Cat ne me lâcha pas. Quelle brave fille ! Quand elle sut pour mes cauchemars, elle me conseilla d’aller voir un psychologue. Elle me disait qu’il m’aiderait à y voir plus clair. Je m’y rendis. Au début ce n’était pas évident. Il n’arrivait à rien. Et un jour je lui racontai enfin mon cauchemar. Dedans j’y revivais toute la scène mais lorsque tu prenais la balle pour moi tu explosais en de petit morceau. Affolée j’essayai de retrouver tous les morceaux pour te reconstituer. Inlassablement je recommençais chaque nuit. Le psy en conclut que je me rendais coupable de ce qui t’était arrivé. Il me dit aussi que si je continuais à culpabiliser ainsi je ne pourrais jamais m’en sortir, que je déclenchais un processus d’autodestruction. Il me conseilla alors que je règle mes problèmes avec toi par l’écriture. Cela devrait me permettre en t’avouant la vérité de pouvoir faire mon deuil.
Voilà pourquoi je t’écris. Voilà pourquoi ce soir je suis à nouveau sur notre pont. Maintenant que tu sais tout, je vais pouvoir t’annoncer une nouvelle. Je pars. Rassure-toi ce n’est pas pour te rejoindre car je te l’ai promis. Je ne sais pas encore pour où mais une chose est sûr c’est que ce sera loin.
Je t’embrasse de tout mon cœur mon grand. Adieu !
Ton amour infini qui ne t’oubliera jamais
Ta petite Marilyn
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"C'est ce que j'appelle vivre poétiquement" (Olivier Py)